L’homme qui naquit trois fois. Saison 1 (4/5) PRENOMS ET TRANSMISSION PATRIMONIALE

C’est dans l’église Notre Dame de l’Assomption de Beaumont-de-Lomagne que naquirent les Pierre Fermat de 1601 et 1605

Pour les biographes et les historiens, la répétition des prénoms dans les familles traditionnelles crée un véritable champ de mines. En effet, les prénoms se transmettent de génération en génération, passent des parents aux enfants, des grands-parents aux petits-enfants, d’oncle à neveu ou de tante à nièce et sont même, parfois, partagés par deux personnes appartenant à la même fratrie. Comment s’y reconnaître ? D’autant que, très souvent, la transmission symbolique des prénoms accompagne et confirme la transmission sociale, celle des biens familiaux et des charges, professions ou fonctions des ascendants.

L’exemple de la famille Fermat est à ce titre significative. Pierre Gairin, infatigable fouilleur d‘archives a dressé les arbres généalogiques des trois lignées concernant Pierre Fermat le mathématicien.  

Dans la lignée paternelle, le premier prénom qui nous a déjà posé problème est Pierre. Au moment de la naissance de notre mathématicien, il se répète d’oncle à neveu. Pierre, marchand, demi-frère de Dominique puisque fils d’Anthoine Fermat, leur père commun et de sa seconde épouse Bonette Bonail, le transmet à Pierre, son neveu né en 1601. Qu’on retrouve ce même prénom pour le second Pierre né en 1605 laisse à penser qu’après le décès en bas âge du premier des deux, le prénom a pu être attribué au second en sa mémoire.

Le prénom d’Anthoine, père de Dominique et de Pierre saute quant à lui une génération. La première fille de Dominique, Antoinette née en 1603 le reçoit féminisé, et Pierre le donne à son fils en 1607. La transmission se fait de grand-père à petit-enfant.

La même constatation vaut pour le prénom Dominique qui passe de l’arrière-grand-père né aux alentours de 1500 à deux de ses petits-fils : Dominique l’aîné dont on ne connaît pas la date de naissance mais qui décède en 1577, et Dominique, père de notre magistrat, né en 1560 du même père Anthoine Fermat et de la même mère, Cécile Girard.  Les deux frères ont donc partagé le même prénom durant une grande partie de leur existence. Le premier des deux, dont le rang est spécifié par l’adjectif l’aîné accolé à son nom, a vraisemblablement été choisi pour être le parrain du second.  On retrouvera ce même prénom à la génération suivante avec Dominique Guy, fils de Janette Fermat, sœur des deux Dominique mariée à un marchand d’Escazeaux.

Chez les Delong, famille par alliance de notre magistrat mathématicien c’est de père en fils que se transmettent les prénoms. Parmi les ascendants de Claire, on ne compte pas moins de trois Jean de l’Hospital. Le premier, l’arrière-grand-père, magistrat au parlement de Toulouse à partir de 1521, a pour fils Jean de L’hospital qui est à son tour magistrat au parlement de Toulouse en 1552 et qui engendre avec Madeleine de Bernuy,  un Jean de l’Hospital, oncle de Claire né en 1571 à Montauban. Dans cette famille, les prénoms de Jean, Samuel, Claire, Louis et Louise se répètent de génération en génération

Dans l’autre branche de la famille Delong d’où est issue l’épouse de notre Pierre, ce sont les prénoms de Clément, Louis et Louise qui prévalent. Sire Clément de Long, né en 1513, a pour fils ou petit-fils Clément de Long, docteur en droit marié à Marie de Bertier avec qui il aura deux fils :  Clément Delong qui sera juge de Verdun de 1583 à 1612 et aura pour fils Clément Delong lequel, après avoir succédé à son père, deviendra conseiller au parlement de Toulouse en 1615 et donnera à sa fille, future femme de Pierre Fermat, le prénom de Louise avant de laisser à son frère Louis sa place de juge de Verdun.

Les Delong ou de Long exerçant depuis plusieurs générations les métiers de la magistrature plus prestigieux que ceux de la marchandise (famille Fermat), on ne s’étonnera pas de voir les Fermat jeunes (Pierre et Louise), puiser dans le stock des prénoms en usage dans les deux lignées paternelle (Delong-de l’Hospital) et maternelle (Delong).

Leurs enfant se prénomment Clément (1633) comme le grand-père maternel (lignée Delong), Clément Samuel (1634) comme le grand-oncle paternel (lignée Delong-de l’Hospital) , Jean (1640) comme l’arrière-grand-père paternel (lignée Delong-de l’Hospital), Claire (1638) comme la grand-mère paternelle ((lignée Delong-de l’Hospital), Louise (1645) comme la mère et le grand-oncle maternel (lignée Delong).

Cette ronde des prénoms, pour vertigineuse qu’elle nous paraisse, nous apporte de précieux renseignements sur l’importance qu’ils revêtent dans les différentes lignées. Ils sont en effet considérés, au même titre que le patronyme, comme des éléments fondamentaux de l’identité indiquant la place occupée par chaque individu dans l’histoire de la famille.

Mais revenons à nos Pierre Fermat. Après tous ces aléas, il semble bien que nous soyons enfin au bout de nos peines. Nous avons acquis la certitude que le Pierre de 1605 est bien le fils de Dominique Fermat et de Claire Delong. Ce serait donc notre mathématicien ? 

Ne nous réjouissons pas trop vite.

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