FAKE NEWS ET COVID-19. Episode 1 : un cocktail détonant

La pandémie « a eu sur nos vies et la marche de nos sociétés l’effet d’une extraordinaire déflagration et d’un saut brutal dans l’inconnu. Comme si nous étions face à un nouveau monde. Confinement, fermeture des frontières, état d’urgence, nationalisation des entreprises : après des semaines de temporisation et d’incrédulité, le monde entier s’est lancé dans une guerre massive contre le coronavirus » écrit l’anthropologue Frédéric Keck.[1]

Ce que nous vivons dépasse tous les modèles que nous connaissons, comme une suspension de ce qui faisait jusqu’ici notre vie. La chercheuse Frédérique Leichter-Flack évoque un « basculement de l’ordinaire vers l’extraordinaire », « un état d’exception ». « Le ciel nous est tombé sur la tête »[2] écrit-elle pour définir cette situation inédite que plus de la moitié de la population mondiale est appelée à vivre.

Une situation qui suscite, de l’incompréhension à la révolte, une multitude de réactions dont la moins dangereuse n’est pas la désinformation systématique dont fait état l’éditorialiste Philippe Roux[3]: « La pandémie mondiale du Covid-19 montre en effet, combien ce virus qui frappe le monde entier s’accompagne aussi du virus de la désinformation, des manipulations, qu’elles viennent d’Etats, de hackers mercenaires, de religieux obtus et de tous ceux qui veulent sans vergogne tirer profit du malheur des uns. ».

Le choix des élucubrations suscitées par la situation actuelle est varié : expérience de laboratoire visant à prendre le pouvoir sur la planète, virus ayant échappé au contrôle de ceux qui l’ont fabriqué dans une intention malveillante, campagne de désinformation sciemment menée par les média d’une puissance mondiale. Interprétations erronées, grilles de lecture conspirationnistes, l’imagination est à l’œuvre et, de la boîte de Pandore largement ouverte, jaillissent les plus folles rumeurs.

Lutter contre la désinformation

Face à l’ampleur de la désinformation, Il est urgent de mettre en place des outils pour faire appel à l’esprit critique du public. En effet, selon le directeur de l’Observatoire du complotisme, Rudy Reichstad un français, sur quatre adhère à une théorie complotiste.

Ce n’est pas un hasard si la fête nationale de la science 2019 a fait une large place à une réflexion sur les fake news, si le colloque organisé le 27 janvier 2020 à Toulouse par le cercle zététique de l’Université Populaire de Philosophie de Toulouse s’intitulait : Menaces contre les fait objectifs et si le thème de la conférence du 5 mars 2020 dans le cadre des Découvrades de Science Animation était : La vitesse de propagation des rumeurs, légendes urbaines et Fake News   

La situation actuelle montre que ces choix ne sont pas innocents .  À l’heure des réseaux sociaux et de l’information instantanée, il est important de proposer aux citoyens des outils pour leur apprendre à mieux comprendre la distinction entre croyance et connaissance. Une tâche essentielle pour éviter les violences et le refus des autres, à laquelle s’emploie depuis 2010 le CORTECS (Collectif de recherche transdisciplinaire esprit critique & sciences) qui a pour objectif central la transmission des divers aspects de l’esprit critique, de la pensée critique.

Le principe des fake news est bien connu. A partir de prémices justes, certains, par sottise ou le plus souvent par malignité, tirent des conclusions fausses qu’ils s’empressent de répandre de manière virale contaminant l’espace public. Pour lutter contre cette épidémie d’un autre genre, l’Assemblée nationale a voté, le 4 juillet 2018, une loi anti-fake news destinée à sanctionner « toute allégation ou imputation d’un fait dépourvue d’éléments vérifiables de nature à la rendre vraisemblable », car rien n’est plus facile par l’intermédiaire de ces informations volontairement trompeuses que de propager la paranoïa, la peur et la stigmatisation si faciles à provoquer en temps de crise.

Tel est le constat qu’on peut aujourd’hui dresser après 3 semaines de confinement liées à la plus grande pandémie connue jusqu’à ce jour… Dans un prochain article, nous nous interroger sur les solutions à mettre en place face à ce « basculement de l’ordinaire vers l’extraordinaire » pour sortir de « l’état d’exception » que la moitié de l’humanité est appelée à vivre à son corps defendant.


[1] Télérama 3663 du 25 mars 2020, Frédéric Keck

[2] Télérama 3663 du 25 mars 2020, Donner du sens est un des grands enjeux de cette pandémie

[3] La Dépêche du Midi,  5 avril 2020

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