Mots enfouis

Le point de départ du livre Mots enfouis  édité par le Cap de l’étang est un récit de vie, l’histoire particulière d’un jeune gersois nommé Félix. Un itinéraire d’où naît une œuvre plurielle qui mène de l’enfance à la rencontre d’autres exilés.

La musique des mots est celle de Paul Monnier qui convoque la poésie pour ressusciter des territoires oubliés. La magie de l’image naît des créations de Pascale de Rességuier, designer artiste peintre qui fait fi de la facilité.

La musique des auteurs compositeurs Paul Monnier et Jean-Pierre Mader porte la parole poétique lorsqu’elle devient chant. Trois voix, trois voies pour réveiller la mémoire enfouie, pour à travers l’expérience individuelle de la perte, accéder à l’universel.

De la belle ouvrage !

« Le fil à dérouler la pelote des souvenirs » évoque les multiples déracinements, celui des pieds noirs arrachés à ce pays qu’ils croyaient être le leur, des habitants du village enfoui de Bort-les- Orgues sacrifié au nom du progrès, des descendants de deuxième et troisième génération des Espagnols exilés ou restés au pays, des descendants d’arabes et des kabyles vivant en France.

En chacun de nous gisent les traces de l’arrachement à un territoire idéalisé, paradis perdu, pays fantasmé dont héritent des générations de déplacés. Héritage encombrant, malaise et richesse mêlés.

L’émotion naît de la pluralité des voix acharnées à restituer la parole enfouie et à restaurer ces racines arrachées. Se reconnaître dans ces exils tous différentes et tous semblables par les traces qu’ils laissent dans la mémoire collective et les souvenirs individuels, c’est se donner une chance d’accéder à une humanité plus fraternelle qui fait place à l’autre et respecte ses arrachements.

Le jeu permanent avec les mots, avec le langage est le véhicule choisi pour aller vers plus de sens, pour retrouver la mémoire enfouie. L’art fait surgir ces voix qui disent les déracinements, les pertes. Paroles contées, scandées ou chantées faisant écho à celles de ceux qui ont connu des exils différents. Il nous appartient d’accueillir ces mots enfouis qui sont aussi les nôtres car nous sommes tous des apatrides.

Nous venons d’un ailleurs que nous sommes parfois tentés de nier. Sous la langue aseptisée du français contemporain, on reconnait les accents : accent pied noir pour Félix, accent espagnol pour les Français nés après la Retirada de parents chassés de leur pays, accents différents pour ceux qui ne parlent plus l’occitan ou d’autres langues effacées des mémoires.

« Tu n’es pas à moi mais tu es… en moi

J’ai mal, j’ai ri : j’ai le mal de ton pays ! »

chantent conjointement Félix, descendant de pied noir, Eïdo et Melha Mammeri d’origine arabe et kabyle.

Cet « Avis de recherche, (cette) avide recherche » sont un encouragement à ne pas rester figés dans nos déracinements propres mais à reconnaître partout autour de nous les traces de ces racines arrachées qui pourtant nous constituent. Nous sommes tous de quelque part ailleurs. Ces terres oubliées même si elles n’ont pas été enfouies sous un barrage, nous habitent.

« A quoi ça sert ? les souvenirs ?

Mon passé ou ton avenir ? …

A quoi ça sert ? A quoi ça rime ?

Le progrès ou les origines ? »

Ce bel ouvrage nous invite à comprendre que retrouver ses racines, c’est se découvrir homme ou femme d’aujourd’hui et de toujours appartenant à la grande « famille recomposée de déracinés ». Toute tranche de vie individuelle porte en elle comme un fragment d’universalité.

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  1. Avatar de Paul Monnier Paul Monnier dit :

    Merci 1000 fois pour cet article, j’ai l’impression que j’aurais dû vous confier l’écriture de la 4° de couverture ou mon communiqué de presse 😉 c’est très bien résumé et votre ressenti nous touche beaucoup, Pascale, Jean-Pierre et moi ! Prochain ouvrage, je vous demanderai un oeil correcteur… Amitiés très émues 😉

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