Les arbres pères des hommes

Après lecture du livre de Peter Wohlleben : La vie secrètes des arbres édité par Les Arènes qui me conforte dans mon amour de la nature, j’ai envie de vous proposer, amis lecteurs, un petit au jeu du type des jeux de 7 familles.

Dans la famille humaine, je vous présente le père. Thierry Dautrier. Grand conteur devant l’éternel, il raconte la création du monde et les débuts de l’espèce humaine comme s’il y avait assisté en personne. Dans la famille des arbres je demande le grand-père, le général Sherman alias Baadjaba, séquoia géant, un grand ancêtre de 3500 ans dont le nom signifie Celui-dont-les-racines-cherchent-la-sagesse-enfouie-et-les-branches-la-sagesse-envolée. Et si je demandais le fils ? Le voici justement. Il s’appelle Fabrice. C’est un enfant non désiré. A 17 ans, il découvre son père, le Séquoia National Park, les Navajos et la frustration d’un amour non partagé. Une initiation douloureuse et féconde enchantée par les soirées où Thierry raconte pour sa famille les débuts du monde et la naissance d’une improbable humanité qui doit son évolution à de bienveillants grands frères, les arbres…

 » Au commencement de l’histoire du monde donc, il n’y a rien eu pendant très longtemps, puis la vie a commencé. Après le timide essai qui avait donné naissance aux organismes à une seule cellule, elle n’en avait jamais fini de trouver de nouvelles formes de plus en plus compliquées, un peu à la manière d’un artiste qui testerait différentes méthodes pour faire toujours mieux.

Tout de même, quand au début de l’ère secondaire, elle a réussi à mettre ensemble les dinosaures et les marais, elle a fait fort, la vie ! Ce qui avait été créé là était certes un peu bizarre pour nos sensibilités mais c’était beau autrement. Imaginez la terre de cette époque : des marécages, la chaleur comme une fournaise avec, sous les troncs gigantesques des cordaïtes et des lipodendrons, au milieu des prêles et des fougères géantes, tout un peuple d’insectes gigantesques qui fourmillait, entre terre et eau. Des éphémères de cauchemar, des sauterelles d’une taille éléphantesque, des cafards comme des rhinocéros, des mille-pattes, des araignées, des scorpions dont certains frisaient les deux mètres ! Des petits sauriens avaleurs d’insectes aux reptiles volants en passant par les grands herbivores cuirassés de plaques de corne, le monde n’était qu’un grouillement de peaux visqueuses dans les eaux putrides comme sur les berges marécageuses. Pareils paysages devaient avoir leur charme aussi, et leur beauté, pour des êtres différents de nous. 

  • Qu’est-ce qu’ils devaient trembler, les premiers hommes ! gémit Nicolas dont le petit cœur était toujours prêt à s’émouvoir.
  • ls auraient eu bien du mal à s’affoler, fiston, car rien ne laissait présager qu’ils existeraient un jour. Non, les seigneurs incontestés de ce monde impressionnant étaient les arbres qui, arrivés à leur pleine maturité, vivaient en société, constituant les immenses forêts du carbonifère.

Il a fallu encore très longtemps pour qu’ils commencent à protéger de leurs feuillages une race de petits êtres qui avaient quitté la terre marécageuse et qui, siècle après siècle, au contact de ce monde nouveau, perdaient leur lenteur, apprenant à garder leur équilibre sur les branches, puis à s’enfuir lorsqu’ils étaient menacés. Des siècles encore et l’odorat de ces petites bêtes commença à s’affiner, leur ouïe se fit plus sensible. Quelle patience il faut pour passer d’un maillon à l’autre de l’immense chaîne de l’évolution mais les arbres n’étaient pas pressés.

Sous leurs frondaisons, les sauriens devenaient sans cesse plus gigantesques. Dans le ciel un peu voilé évoluaient les ptérosaures qui allaient donner naissance aux oiseaux tandis que, sur le sol toujours marécageux se mouvaient les brontosaures, les diplodocus, les mégalosaures, jusqu’aux immenses brachiosaures qui atteignaient la taille de nos maisons de quatre étages et pesaient plus de cinquante tonnes.

Pendant ce temps, notre petit animal avait cessé de pondre des œufs pour garder ses petits au chaud de son corps et s’était protégé d’un pelage. Son sang n’était plus froid mais chaud comme le nôtre, et son intelligence s’était développée. De cette race devaient naître, au fil des millénaires et des mutations, tous les mammifères que nous connaissons aujourd’hui, y compris les singes et nous, les hommes. 

  • Pourquoi ils ont fait ça, les arbres, pourquoi ils nous ont protégés, dis papa ? souffla Pierre.
  •  Pourquoi ? Oui, fiston, c’est une bonne question. On ne peut pas s’empêcher de se la poser quand on connaît la suite de l’histoire…

Avant de reprendre la parole, Thierry écouta longuement le Général Sherman exilé hors du cercle de lumière qui palpitait de toutes ses feuilles comme pour lui souffler la réponse :

  •  …Mais, d’abord, les arbres ne savaient pas ce qu’allaient devenir les hommes. Peut-être que c’est une première raison. Et ensuite, ils sont vraiment différents de nous. Il n’y a en eux nul désir de dominer. Ils existent le plus qu’ils peuvent, simplement. Peut-être aussi sont-ils curieux bien qu’ils aient fait le choix de l’immobilité et du silence. Encore que, du silence, ça se discute. Avez-vous remarqué comme ils sont bavards ? Il ne se passe pas une seconde sans qu’ils commentent ce qui se passe autour d’eux. Ecoutez le Général Sherman, il n’a pas cessé de jaser depuis tout à l’heure.

Ils se figèrent, tendirent l’oreille et, en effet, c’était bien l’immense séquoia qui produisait cette rumeur douce et profonde. Depuis trois soirs qu’ils étaient là, ils avaient appris à reconnaître son murmure auquel répondaient d’autres bruissements plus aigus, ou plus grave, la litanie des arbres qui s’appellent et se répondent de loin en loin et, peut-être, s’efforcent de reprendre avec les hommes le dialogue perdu.

  • Quel dommage qu’on ne puisse pas comprendre ce qu’ils disent ! murmura Pierre. »

 

Voulez-vous en savoir plus ? Il vous reste à lire mon roman Parole de Seigneurs. Je vous invite à le demander à votre libraire (isbn : 1534808566)  ou à le commander à l’adresse suivante :

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