LE CONSENTEMENT, de Vanessa Springora

Le conte nous a familiarisé avec la figure de l’ogre.  Dans les œuvres de Perrault et de Mme d’Aulnoy, ogres et ogresses occupent une position sociale élevée. Leur obsession : se procurer de la chair fraîche. Leurs mets de prédilection, les petits enfants. Le cannibalisme engraisse leur corps et les accroît jusqu’à en faire des géants.

Dans le livre de Vanessa Springora , l’ogre, doté d’une silhouette élégante et d’un prestige dû à sa fonction d’écrivain, guette sa petite protégée à la sortie de son collège et l’exhibe dans les cocktails mais il n’en est pas moins avide de se repaître de chair fraîche, jeunes garçons lors de ses voyages à l’étranger ou adolescentes qu’il entoure d’attentions pour mieux les consommer.

Un simulacre de consentement

Tout comme d ‘autres victimes de ces prédateurs, -les exemples ne manquent pas dans divers domaines, sportifs, liés à la littérature ou au cinéma – Vanessa Springora use, pour évoquer son vécu, de termes liés à la chasse : le chasseur, la proie ; ou à la domination : l’empreinte, l’emprise.

Le consentement de la victime, malgré le titre de ce témoignage, n’est qu’un simulacre. Certes, au moins dans l’histoire de Vanessa, les sentiments de la victime laissent croire à une volonté propre d’être dévorée mais de quelle liberté dispose une fillette de 14 ans devant les pressantes sollicitations d’un homme qui a 4 fois son âge ?  Surtout lorsque celui-ci qui jouit de l’autorité et du prestige, symbole de la toute-puissance des adultes, parvient à la persuader qu’elle est le centre du monde. Et, dans le cas de la patineuse Sarah Abitbol, quel consentement une fillette de 12 ans peut-elle donner lorsque son entraîneur, figure d’autorité morale, vient à la nuit tombée dans sa chambre avec sa lampe torche ?

Le témoignage de ces deux ex-fillettes abusées se situe dans e cadre d’un mouvement dont chacun, femme ou homme devrait se réjouir. Pour arriver à exprimer le cauchemar qu’elles ont vécu, il aura fallu à ces deux femmes courageuses, des années d’angoisses et de refoulement, sans compter l’aide d’un entourage aimant. Aujourd’hui les manifestations des femmes pour l’égalité des droits, mouvement quasi planétaire, libèrent la parole des femmes et provoquent une prise de conscience dans la société tout entière. Peut-être n’est-il pas inutile de rappeler certains chiffres. En 2016,            -c’était hier-, 32700 plaintes de femmes ont été déposées pour des violences sexuelles et 73% d’ente elles ont été classées sans suite.

Un silence coupable.

Comment comprendre pareil silence ? Comment expliquer que la société se soit montrée jusqu’ici si permissive pour ce qu’on est bien obligé de nommer des crimes ?

Le sujet pourtant n’est pas nouveau. Le beau roman de Nabokov, Lolita, qui date de 1955, évoque déjà l’obsession dévorante de Humbert Humbert pour une fillette de 12 ans et on se rappelle aujourd’hui, avec un certain malaise, du mépris et de l’opprobre dont a eu à souffrir la canadienne Denise Bombardier, la bien-nommée, lorsqu’elle s’est insurgée, voici trente ans, lors s’une émission télévisée, contre les agissements indignes de Gabriel Matzneff.

Il ne suffira pas désormais, pour justifier l’injustifiable, de replacer les choses dans leur contexte et de rappeler que, jusqu’au XIXéme les femmes étaient opprimées et privées de leur citoyenneté, une situation que le code civil n’a fait qu’aggraver.

Aujourd’hui, la parole se libère et c’est une excellente chose. Il est grand temps de considérer les enfants comme des personnes à part entière et de cesser de se demander, comme si souvent  dans l’histoire, si les femmes ont une âme.

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