FEMMES DE SCIENCE ET DE SAVOIR. SAISON 1 (4/4) Savantes bien que femmes.

Sous l’Empire, l’esclavage est rétabli. Quant à la condition féminine, elle ne sort pas indemne de cette affaire. Ce qui était autrefois une réalité coutumière, à savoir la soumission de la femme à son époux, est désormais inscrit dans le droit national. Le code civil confirme les femmes dans leur rôle d’éternelles mineures dont la mission essentielle est la procréation : « Faire des fils à leurs époux , c’est encore la fonction que leur assigne le Code civil promulgué en 1804 ». [1]

John Stuart Mill, philosophe et économiste

A la fin du XIXe siècle Le vocabulaire reflète la misogynie institutionnelle que la République a instituée « en toute innocence et bonne conscience » selon les termes de Benoîte Groult[2]. On est loin de la proposition de Stuart Mill, l’auteur de l’essai sur L’asservissement des femmes, qui fit scandale en préconisant à la Chambre des Communes en 1867, le remplacement du mot man par celui de person, réforme du vocabulaire qu’il considère comme inséparable de la nécessaire évolution des mentalités.[3]                                                                                                      

Certes, désormais on n’insulte plus, comme au temps de Molière, celles qui se piquent de savoir du nom de « femmes savantes ». Mais, face aux exceptions que constituent les femmes ayant réussi, malgré tous les obstacles, à s’illustrer, on dit : savante bien que femme.

On peut citer trois exemples significatifs de cet état de choses.

Sophie Germain

Sophie Germain bien que femme, après deux essais infructueux, obtient enfin le prix de l’académie pour son étude sur les surfaces élastiques. Mais le jour où elle doit recevoir sa récompense à l’Académie des sciences, elle est la seule absente. Dans la nombreuse assemblée réunie pour l’occasion, on s’interroge. Quelle mouche a piqué la lauréate ? Le journal des Débats du 8 janvier 1816 fait état de cette absence inexplicable. On a tort de se poser tant de questions. La raison de cette incroyable défection est toute simple : le secrétaire de l’Institut a tout bonnement oublié de lui envoyer l’invitation qui lui aurait permis d’entrer.  Pour Freud, quelques décennies plus tard, cela s’apparentera à un acte manqué.

Ada KIng,comtesse de Lovelace

A la mort d’Ada Lovelace, précurseuse avec un siècle d’avance, de l’informatique et dont les écrits, en marge de ceux de Charles Babbage annonçaient l’émergence de l’intelligence artificielle, une bonne âme, voulant la célébrer, s’exprime en ces termes  « Outre une intelligence complètement masculine dans sa solidité, sa pertinence et sa fermeté, Lady Lovelace avait toutes les délicatesses du plus raffiné des caractères féminins »      

Anne Chopinet, major de sa promotion

Anne Chopinet, qui sort major de Polytechnique en 1972, la première année où les filles y sont enfin acceptées presque deux siècles après la création de cette prestigieuse école, et la première en mathématique de surcroit, s’entend interroger par un journaliste non pas sur son parcours scientifique ni sur les difficultés qu’elle a pu rencontrer pour parvenir à ce magnifique résultat mais sur ses goûts en matière de mode. Est-ce que vous courez les magasins ? Est-ce que vous vous occupez un peu de vous ? ça vous arrive de vous surprendre dans une glace ? Toutes questions qui, faisant l’impasse sur son savoir, la ramènent à sa nature de femme.                                        

Ce machisme si répandu et d’autant plus nocif qu’il est totalement inconscient, certaines femmes et non des moindres, se révèlent capables de le désamorcer au moyen de l’humour. Ainsi de Marie Curie, deux fois prix Nobel, qui s’entend demander par un journaliste plus naïf que nature : « Qu’est-ce que cela fait d’épouser un génie ? » et qui, au lieu de fulminer, lui répond : « Allez donc le demander à mon mari. »

En fait, à l’orée du XX° siècle, comme le souligne la professeure d’université Pilar Perez Canto: « En dépit des changements, la société patriarcale a continué à s’appuyer sur la famille comme pierre angulaire et à maintenir la fiction d’un pater familias unique responsable du bien-être et du gouvernement de celle-ci et ce, même dans le cas où les femmes ont contribué par leur travail de façon décisive à la maintenance du foyer »[4].

Le corps des femmes ne leur appartient toujours pas. Elles restent d’éternelles mineures auxquelles la société refuse la citoyenneté. Quant à la religion, elle les prive du droit au divorce, à la contraception et à l’avortement. Celles qui souhaitent se réapproprier leur corps ont à subir les foudres des différentes églises et l’opprobre sociale.

Une situation désespérée ? Pas si vite !


[1] Le long chemin vers l’égalité. Journal du CNRS N°242. Mars 2010, VI

[2] Benoîte Groult : le féminisme au masculin

[3] Cité par Benoîte Groult dans le même ouvrage

[4] Pilar Pérez Canto. La société patriarcale dans le discours éclairé. Presses universitaires de Paris Nanterre

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