DES STRATEGIES POUR ACCEDER AU SAVOIR. SAISON 2. (1/3) Muses, inspiratrices ou savantes ?

Parmi les violences faites aux femmes dans les sociétés patriarcales, l’une des plus graves est la privation du savoir, mais c’est mal connaître l’espèce féminine que de penser qu’elle ait pu en rester là. Depuis toujours, les femmes ont mené un combat contre l’ignorance qui leur était imposée mais c’est un combat à leur manière. Certains Encyclopédistes ne s’y sont pas trompés : « Ces frêles machines-là » écrit Diderot « renferment parfois des âmes bien fortes »               

Elles n’ont cessé de le démontrer tout au long de l’histoire.Privées du droit d’apprendre, elles créent des stratégies pour accéder au savoir en s’engouffrant dans les brèches du système. Autodidactes ou bénéficiant de cours particuliers, sollicitant les uns les autres pour se procurer l’information qui leur fait défaut car elles n’ont accès ni aux cours ni aux bibliothèques des universités, elles luttent contre l’ignorance qu’on leur impose.                 

Cependant il faut bien reconnaître que, dans l’histoire, les femmes qui ont pu acquérir le savoir et apporter leur contribution à la science appartenaient à des milieux éclairés. Elles furent le plus souvent sœurs, filles ou femmes d’hommes de qualité. Cela n’enlève rien à leur mérite, mais pour avoir accès au savoir, elles furent contraintes de se glisser dans l’œuvre des hommes de leur entourage.

Les exemples ne manquent pas. On peut citer entre autres : dans l’Antiquité la mathématicienne Hypatie déjà évoquée, qui était la fille de Théon, directeur du Museum d’Alexandrie mais aussi Théano l’épouse de Pyhtagore, Thémosticlée, sa sœur et ses filles parmi lesquelles Damo qui étaient de brillantes mathématiciennes.

Sophie Brahé

Au XVIIe siècle, Sophie, jeune sœur de Tycho Brahé, qui fut astronome comme son frère, mais de plus chimiste et botaniste de talent.

Pendant la Révolution française, Marie-Anne Lavoisier qui ne se contenta pas d’assister son époux dans la découverte de l’oxygène, de traduire pour lui des ouvrages anglophones et de transcrire ses expérimentations. Après la mort d’Antoine-Laurent Lavoisier, guillotiné pendant la Révolution, elle continua leurs travaux communs et les publia sous la forme d’un Traité élémentaire de chimie.       

Marie-Anne Lavoisier

Muses, inspiratrices, jamais reconnues en tant que chercheuses à part entière, les femmes pour accéder au savoir, occupèrent également un autre des rares espaces que leur laissaient les hommes de leur entourage. Elles se glissèrent dans le rôle de traductrices.                     

« Quand la science change et se développe, la diffusion devient une nécessité » remarque Gérard Chazal dans son livre Les femmes et la science.[1]  La traduction permet de mettre à la disposition d’un large public les œuvres des savants étrangers et procure à la communauté scientifique des nouveaux instruments de travail critique. Quelques femmes rédigèrent des manuels de vulgarisation et de pédagogie et appliquèrent à la traduction toute leur intelligence et leurs connaissances, n’hésitant pas à simplifier en s’efforçant de ne pas dénaturer des textes parfois abscons.                                 

Emilie du Châtelet
Voltaire

Au XVIIe siècle, l’Allemande Marie Cunitz traduisit l’œuvre de Kepler traitant du système héliocentrique, et mit ainsi l’astronomie à la portée du public savant.  Emilie du Chatelet, surtout connue comme la compagne de Voltaire, fut une physicienne émérite, traductrice du celèbre Philosophiae Naturalis Principia Mathematica de Newton qu’elle compléta de commentaires. Une performance que Voltaire salua en ces termes : « On a vu deux prodiges : l’un que Newton ait fait cet ouvrage ; l’autre qu’une dame l’ait traduit et éclairci ».

Quant à Mary Somerville, elle traduisit en anglais, ou plutôt rendit lisible, la mécanique céleste de Laplace   

Au XIXe siècle La philosophe et scientifique française Clémence Royer traduisant L’origine des espèces de Darwin l’agrémenta d’une préface de 60 pages qui ne fut d’ailleurs pas du goût de tous. Ce sont là quelques exemples parmi d’autres de l’inextinguible soif de savoir qui anime depuis toujours cette moitié de l’humanité si longtemps tenue pour quantité négligeable, les femmes.           


[1] Gérard Chazal. Les femmes et la science. Editions Ellipse

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s