Livre, mon bel amour

Livre, que de bonheurs je te dois. Emotion, tendresse, peur, tristesse…  Tu m’as tout donné. Je te dois d’insupportables angoisses, des rires inextinguible, des moments enchantés. Dès lors, quelle responsabilité que d’écrire à mon tour pour partager ce qui me point, ce qui me fait vibrer, ce qui m’habite. Je n’y ai pourtant jamais renoncé depuis ce jour de mon enfance où je découvrir les passions que tu pouvais faire naître.

Petite espagnole de Montauban, j’étais confortablement installée sur  les marches de la maison familiale à deux pas de l’atelier où mes parents, surchargés de tâches et de soucis s’efforçaient de gérer un quotidien difficile. Autour de moi,  les  livres découverts au hasard de mes explorations dans le grenier dont les malles entrouvertes me livraient leurs  trésors poussiéreux. Je ne vis pas arriver les voisines mais j’ai encore en mémoire leurs regards outrés voyageant des livres à mon visage, de mon visage aux livres, et le bruit de leurs voix caquetantes s’éloignant dans un grand envol de jupons en colère.Pourtant quelle ne fut pas ma surprise lorsque mes parents, taxés de maltraitance par ces viragos, m’intimèrent l’ordre de mettre fin au scandale par moi provoqué.

Je n’ai gardé aucun souvenir de l’ouvrage qui déchaîna l’ire de ces « bonnes » femmes. J’en avais tant lu auparavant, j’en ai tant dévoré depuis… Depuis, j’ai  à maintes reprises essayé de comprendre ce qui avait pu provoquer leur « vertueuse» indignation.  M’étais-je rendue coupable du déchiffrage de quelque écrit interdit ? Ou bien la lecture de ce jour là était-elle, comme ce fut souvent le cas, mal adaptée à mon jeune âge. Et certes, je dois reconnaître que, passé le temps de l’enfance, je n’ai jamais pu relire La cousine Bette qui me fut d’un mortel ennui. Du Don Quichotte, si long et si pesant pour une fillette, je n’ai longtemps  gardé que quelques scènes dont le souvenir demeure encore aujourd’hui nimbé dans ma mémoire de flamboyantes couleurs. Quant à Mon Oncle Benjamin, mes huit ans n’en ont  retenu  que l’anecdote débarrassée de tout l’arrière-plan contestataire que je découvris à l’âge adulte.

Je soupçonne pourtant que le scandale était ailleurs. Comment mes parents, ces irresponsables, pouvaient-ils laisser leur fille perdre son temps à pratiquer une occupation aussi futile que la lecture au lieu de  jouer comme une enfant normale ou de s’adonne aux utiles et nécessaires tâches ménagères qui auraient dû être son lot dans une société bien réglée ?

Voulez-vous en savoir plus ? L’intrigue de mon roman La porte de son passé est imaginaire mais le cadre est celui dans lequel a vécu la petite espagnole que je fus.(disponible sur Amazon et en  librairie isbn 9 782352 080657).

Ceux qui préfèrent les textes courts pourront retrouver mes redoutables  voisines dans Les trois sonnettes tirées de mon  recueil de nouvelles Eclats de vie . (en format kindle sur Amazon)

« On est de son enfance comme on est d’un pays » a écrit Saint-Exupéry. Bienheureux ceux qui ne quittent jamais tout à fait quitté ce pays-là .

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