Les lois naturelles de l’enfant

Un livre de Céline ALVAREZ , éditions les arènes

S’appuyant sur les lacunes constatées dès les premières années de la scolarité qui grèvent lourdement l’avenir des enfants puisqu’on constate que 40 % des enfants rentrant au collège sont déjà en grave difficulté, la linguiste passionnée de sciences cognitives Céline Alvarez émet l’hypothèse que notre système éducatif ne tient pas compte des mécanismes naturels d’apprentissage.

Dans son livre Les lois naturelles de l’enfant, elle s’interroge sur la nécessité de repenser l’école. Des méthodes inadaptées freinent la puissante capacité d’apprentissage des enfants, écrit-elle. Elle propose de repenser le système éducatif de telle sorte que l’adulte ne soit pas au centre de l’acte d’enseigner mais se comporte  comme un facilitateur faisant de  l’école un lieu de joie et d’émancipation épanouissant pour les enfants.  Il est important, écrit-elle « d’aider l’enfant à organiser et à s’approprier toutes ces informations qu’il perçoit du monde extérieur, notamment grâce à du matériel didactique lui présentant de manière très concrète les bases de la géographie, de la musique du langage ou des mathématiques. ». Au cœur de cette éducation les notions de liberté, d’égalité et de fraternité sont primordiales de même que le respect des rythmes de l’enfant.

Une telle conception relève-t-elle de l’utopie ? Céline Alvarez le conteste. Durant trois ans, dans l’école maternelle d’un quartier défavorisé, à Genevilliers, elle a mené une expérimentation pour laquelle elle a reçu, dans un premier temps, l’aval de l’éducation nationale.

Les conditions de l’expérimentation était celles-ci : 25 enfants de maternelle de 2 niveaux dans un premier temps puis de 3 niveaux l’année suivante car le mélange des âges est une condition essentielle de l’expérience. Les enfants ont naturellement le sens de l’entraide. Les grands aiment montrer ce qu’ils savent aux plus petits « ce qui leur permet de consolider et de raffiner leurs connaissances ».  Les petits absorbent avec passion ce qui leur est transmis par leurs aînés. « Aucun enseignant ne peut rivaliser avec la facilité de transmission des savoirs entre enfants d’âges différents : la fascination qu’exerce un enfant de 5 ans sur en enfant de 3 ans est exceptionnelle comme l’est l’enthousiasme spontané à vouloir aider les camarades qui en ont besoin »

A cela s’ajoutent  un matériel pédagogique élaboré par les docteurs Séguin et Montessori, un aménagement de l’espace classe permettant l’autonomie des enfants et une équipe de deux personnes : la linguiste Céline Alvarez et une autodidacte passionnée d’éducation,  Anna Bisch qui, pendant ces trois ans, a fait fonction d’ATSEM (assitante de classe maternelle)

Les résultats obtenus par les petits élèves validés par le CNRS de Grenoble à la fin de la première année puis par l’équipe du chercheur en psychologie cognitive expérimentale Stanislas Dehaene ont été très positifs. En une année scolaire, les enfants avaient acquis des connaissances souvent supérieures à celles de leur tranche d’âge, une autonome et une capacité à l’empathie tout à fait étonnantes.

Les conclusions que tire Céline Alvarez de cette expérience sont de deux ordres. Les enfants aiment spontanément apprendre pour peu que les méthodes d’apprentissage ne les freinent pas par leur inadaptation à leur psychologie «l’environnement de l’enfant doit être pensé en termes d’écosystème favorable à l’épanouissement de l’intelligence »écrit-elle encore car « la nature pousse l’enfant à apprendre de la manière la plus puissante qui soit : en lui donnant envie de manière intrinsèque d’en savoir plus »

Deuxième constatation : « Nous naissons avec une prédisposition innée à communiquer, à construire un langage oral précis et structuré, à mémoriser, à raisonner de manière ordonnée et logique, à créer, à inventer, à imaginer, à ressentir une large gamme d’émotions…  nous naissons même avec des capacités empathiques, une intuition morale et un sens de la justice très profonds… »

Dans son livre elle développe les principes sur lesquels se fonde l’expérimentation de Genevilliers, analyse les méthodes d’approche sensorielle permettant les différents apprentissages. Elle détaille la manière de soutenir le développement et les compétences de l’enfant et souligne enfin  l’importance de l’empathie dans l’éducation. « Nous ne pouvons pas grandir de façon fonctionnelle et être autonomes sans l’aide de l’autre. L’autonomie, stable, épanouie, équilibrée et solide est celle qui a pu se construire avec l’amour, la patience et la présence de l’autre. » La bienveillance n’est pas un supplément optionnel. Le lien social entre les êtres, l’empathie, les comportements altruistes et généreux favorisent le développement des enfants. Un environnement aimant est absolument nécessaire pour permettre l’apprentissage.

Une réflexion qui s’appuie sur une riche bibliographie, une méthode d’éducation qui ne s’érige pas en doctrine, telles sont les caractéristiques principales de ce livre généreux.

Est-il envisageable que les enseignants, dans le cadre de la classe, adoptent les méthodes actives que je rapproche pour ma part de celles de médiateurs culturels ? Le livre ne se termine pas sur la constatation d’un échec. Bien au contraire. L’auteure le souligne en conclusion, même si les conditions optimales qu’elle a définies dans son ouvrage et dont elle analyse les conséquences positives ne sont pas réunies, aujourd’hui de nombreux enseignants, dans de nombreuses classes développent,  a minima, et sans toujours obtenir les moyens adaptés  ce type d’éducation qui s’efforce de respecter les lois naturelles de l’enfant en situation d’apprentissage.

Après la lecture de ce livre qui a soulevé beaucoup de polémiques, deux remarques s’imposent à moi : La première est que Céline Alvarez n’invente rien. Elle utilise pour mieux comprendre les petits humains en situation d’apprentissage les méthodes de l’éthologie animale et humaine. Les recherches en neuropsychiatrie clinique ne lui sont pas étrangères et notamment la découverte du fonctionnement des neurones miroirs. Enfin, on peut certes critiquer une utopie mais il ne faut pas oublier que l’utopie d’aujourd’hui peut être la réalité de demain.

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