Le bâton d’Euclide

Livre de poche

« Le bâton d’Euclide » de Jean-Pierre Luminet, astrophysicien à l’Observatoire de Paris et au laboratoire d’astrophysique de Marseille, se présente comme une  histoire fantasmée des sciences. Au dire de l’auteur « Il est utile de rappeler  qu’aucune vérité historique sur [les] temps anciens [où se situe l’intrigue] n’est fermement établie. Les récits relatifs à la Bibliothèque d’Alexandrie et aux personnages qui y ont été mêlés fourmillent mais la plupart sont des témoignages tardifs. » Place donc au roman pour nous faire découvrir la grande Bibliothèque d’Alexandrie, lieu mythique et quelque peu mystérieux malgré sa célébrité mondiale.

Jean-Pierre Luminet place l’action en 642 de notre ère, lors de la conquête d’Alexandrie par Amrou Ben-al-As sous le califat d’Omar. Amrou qui a reçu l’ordre d’incendier la grande bibliothèque au motif qu’elle regorge d’écrits impies est un homme éclairé mais  « là-bas, à Médine, le calife Omar, commandeur des croyants lui avait ordonné de faire disparaître toute trace de paganisme dans l’orgueilleuse Alexandrie. Il détruirait donc ces tours. Mille ans de civilisation devaient périr par le feu et l’épée. »

Face à d’Amrou, guerrier de l’Islam, le savant chrétien Jean Philopon, le médecin juif Rhazès, la belle Hypatie, femme et savante nièce de Philopon, trois personnages inventés ou réinventés pour les besoins de l’intrigue, défendent l’idée que la culture est nécessaire et que détruire les trésors soigneusement conservés dans la grande bibliothèque serait un crime contre l’esprit.

Un jeu de séduction s’engage entre l’envahisseur et les défenseurs de l’illustre bibliothèque qui, jour après jour, à la manière de Shérazade dans « Les mille et une nuits » invitent Amrou à un voyage dans l’histoire et ressuscitent les savants les plus illustres, Euclide, Archimède, Aristarque de Samos, Eratosthène, Ptolémée, Galien. Ils font état des interrogations de ces derniers, de leurs querelles souvent fécondes pour l’avancement de la connaissance car lors de ces affrontements « toujours en ressort une bribe de vérité ». La création de la grande Bibliothèque et l’histoire de son évolution revivent grâce à ces trois propagandiste de la culture.

Le message qu’ils transmettent à travers  leurs récits qu’ils poursuivent à tour de rôle  tout au long du livre avec une remarquable constance face à un Amrou peu à peu conquis  est celui-ci : « Ta religion ne pourra étendre son influence qu’après avoir conservé le meilleurs des héritages grec, romain, chrétien et juif. C’est lorsque que vous serez les plus ouverts au monde que vous accomplirez à votre tour des percées nouvelles dans les mathématique, les sciences et la philosophie…. Message entendu et fidèlement transmis à Omar mais Amrou sera-t-il assez convainquant pour sauver les merveilles contenues dans la grand bibliothèque ? C’est ce que le lecteur découvrira lorsqu’il partira au fil du livre à la découverte de ce qui a été à l’origine de nos savoirs.

Quant au bâton d’Euclide qui donne son titre à l’ouvrage, c’est une sorte de témoin qui passe de main en main, d’un savant à l’autre, tout au long des siècles comme le symbole de la transmission de la connaissance. « Euclide avait pour habitude de donner sa leçon sur la plage, au-dessous des murailles du quartier du palais. D’un gros bâton droit et long, il traçait des figures sur le sable devant ses élèves accroupis. Il le maniait avec tant de virtuosité qu’on eût dit que c’était le bâton seul qui, d’un mouvement souple, inventait des formes rigoureuses. » On retrouve ce bâton au fil des siècles dans les mains d’Aristarque où il apparaît comme « la meilleure des cautions » puis dans celles d’Archimède,  de Ptolémée le géographe, puis dans celles de Philopon qui le découvre creux et porteur d’un message dont héritera enfin Copernic dont on sait qu’il révolutionna au XVI° siècle la vision des astres.

A noter pour les lecteurs curieux ! Le scientifique romancier a mis en place en fin de volume  quelques outils essentiels :  la liste des personnages principaux, la liste des savants érudits de 390 av. J.C.(date de naissance supposée d’Eudoxe de Cnide)  à 1543,( date de la mort de Nicolas Copernic), un tableau synoptique des rois et des savants  et des notes savantes destinées à offrir aux amoureux des sciences plus d’éclaircissements sur des points particuliers du récit. Une manière intelligent de montrer à son lecteur que son intérêt pour la science peut continuer une fois le roman refermé.

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